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19 juin 2016 7 19 /06 /juin /2016 15:46
Détail de Spatial Concept Expectations, Lucio Fontana (1960 - MoMA New york

Détail de Spatial Concept Expectations, Lucio Fontana (1960 - MoMA New york

 

L'attente d'une cassure,

d'un tremblement

permettant cassure.

Ça cassera la pâte dure

qui nous entoure,

ouvrant des fissures.

 

On attend le tremblement,

léger sursaut qui brise,

ouvre un espace.

 

On tend l'oreille au vrombissement

plutôt qu'au bruit des cailloux projetés

qui disperse l'enveloppe et le dedans.

 

Le tremblement

va fendre l'armure

montrant le rouge de la chair

et l'éclat laiteux de l'os.

 

Ce moment arrivera,

On espère voir

une masse liquide et tranchante.

 

On espère cette brèche

on introduit son doigt

dans ce fruit trop mur,

rencontrant sa viscosité tiède.

 

Le tremblement aura eu lieu

on grattera les ouvertures

méticuleusement, tous les rebords sanglants,

obtenant un trou lisse et net.

 

On l'arborera fièrement

ce trou qui ne montre rien.

 

On se baladera parmi les autres

montrant ce que l'on attendait

avec ce trou au milieu de son corps.

 

Ça aurait servi à ça,

le tremblement, la cassure :

un trou bien propre

qui ne montre pas plus

que la barrière de la peau.

 

Le trou là

au milieu,

juste une preuve

du temps qu'on aura mis

à attendre le tremblement.

Published by Adrien - dans Corps
23 septembre 2015 3 23 /09 /septembre /2015 14:24

 

 

Les ligaments sont prêts à rompre,

                        liant avec le néant

                               par couches successives.

 

Lien qui s’ensevelit

                      dans l'étrange reflet

de soi.

 

L'île, pourtant, reste liée,

                                        par l'eau,

                                       aux autres chairs continentales.

 

 

Les ligaments rompus

ne laissent plus rien passé

 

comme la parole

ayant eu le rôle de ce qu'il restait encore

                                            dans la foule

parmi les corps.

Published by Adrien - dans Corps
18 septembre 2015 5 18 /09 /septembre /2015 10:38

 

Peu importe comment classifier ce texte. Prose poétique, poésie narrative, roman initiatique dans un monde post apocalyptique. Édith Azam vient évidemment de la poésie, et nous a habitué depuis Décembre ma ciguë, premier texte édité chez le prestigieux éditeur P.O.L., en 2013, à des livres d’une densité plus forte encore que ces textes poétiques du début, c’est dire.

 

C’est dire puisque la sensibilité de la poétesse découverte au festival de Lodève au feu festival des Voix de la Méditerranée (ou elle fut conseillère littéraire), a résonné fort dans les têtes de ceux qui ont pu l’entendre lire ces poèmes. La diction d’Édith Azam est indissociable de la lecture que l’on fait de ces textes. Son premier ouvrage Létika Klinik (Dernier Télégramme, 2006), témoignage sur un passage en clinique psychiatrique mettait déjà les bases d’un style, poésie orale, inventive et touchante, dans la veine d’un poète tel que Charles Pennequin. Puis cette sensibilité s’est affirmée au fur et à mesure des textes, pour arriver à ce texte profond et réjouissant.

 

 

Caméra, c’est l’histoire de cette héroïne, Caméra qui a « souvent rêvé qu’elle accueillait un nom, qu’elle ne dirait pas. » Caméra, c’est un peu une Alice perdue dans un pays de cauchemar. D’abord face à un mur de briques rouges « goût de sang ». Puis, pour s’en détacher, de ce mur imbécile elle descend, s’enfonce dans un monde de guerre, dévasté. « Visages diaboliques empalés sur des piques, coupe de machette, villages en feu, viols et torture », Caméra rencontre dans ce monde des êtres fantastiques tels que l’oiseau-silex, la tortue-barbue ou encore la sphinx-zébré. On suit alors la marche de Caméra, dans ce monde qui rappelle celui ou lutte Hauru, héros du dessin animé d’Hayao Miyazaki : Le château ambulant (voir image ci dessous). Parallèle peut-être surprenant mais Édith Azam écrit ici comme si elle dessinait une bande dessinée fantastique. C’est le poétique qui le permet. D’autres murs encore se dresseront, mur « qui s’étire et s’épaissit en écrasant les villes et les vies alentour ».

 

 

Mais, n’oublions pas le mot, le langage qui est le cœur de Caméra. « Caméra lit, autrement dit, elle participe. Elle vit la syntaxe d’un souffle qui ne lui appartient pas, n’appartiendra jamais à personne. Un souffle cabré, insoumis. Et c’est cela, Caméra, qu’elle veut aller chercher, ce coup bref, ce souffle, et s’y conjuguer jusqu’au verbe, le bon verbe écrivant la puissance d’exister ». Elle lutte, par cette marche, pour les mots, pour la puissance des mots qui retiennent, telle un miroir, la mémoire. Cette marche de l’héroïne semble s’imposer, malgré la douleur qui arrive, la mort aussi, autant à l’auteur qu’au lecteur.

 

Édith Azam nous offre un livre ovni, qui ne se range pas si facilement dans une bibliothèque. La sensibilité, cette volonté de faire sortir le langage, les mots en dehors qu’elle avait durant ces lectures et dans ces livres de poésie est ici décrite avec toute la force de cette imagination que l’on ose à peine qualifier de romanesque. Gageons que les mots sortent encore de la bouche et de l’esprit brillant d’auteur(e)s comme Édith Azam.

 

Caméra de Édith Azam paru aux éditions P.O.L., Juin 2015

 

Article disponible également sur le site Addicts.

Published by Adrien - dans critique
10 juin 2015 3 10 /06 /juin /2015 12:45

J'ai pour habitude de lire de la poésie, tout en ne saisissant pas tout à fait le sens, et à y prendre beaucoup de plaisir. Il y a ici, une question d'atmosphère, de ce qui se dégage des mots utilisés par le poète. Pour ce recueil regroupant des textes de Fj Ossang couvrant une vingtaine d'années, sous le nom de Venezia Central (titre du premier texte du livre) ; il s'agit ici, pour moi d'une lecture passive et envahissante, malgré et par l’âpreté du style. Le style, que l'on pourrait attribuer à plusieurs influences dont le poète se réclame ou en est l'un des créateurs. Ces styles différents tourne autour du mouvement punk d'où vient Fj Ossang qui fut parallèlement de son activité littéraire (d'avant garde, dans la revue Cée, avec Robert Cordier et Claude Pielieu dont on trouve ici un texte qui fait office de post-face au recueil) membre de groupes tel que DDP (De la Destruction Pure) puis, quand il rejoint Paris, de MKB-fraction provisoire.

Mais le poète, que j'ai découvert après, est aussi un cinéaste, atypique et iconoclaste. J'ai pu m'immiscer dans son univers par ces films commençant par le premier d'entre eux L'Affaire des Divisions Morituri (1984), après 2 courts métrages qui installait déjà un style qui restera irrémédiablement insaisissable. Adepte des citations, par l'intrusion de cartons, citant les poètes de la beat génération, les situationnistes ou d'autres figures révolutionnaires, et d'une certaine abstraction et stylisation, Fj Ossang reste un conteur. Il crée, surtout dans ces films, des histoires, des images.

Sa poésie peut devenir autant descriptive qu'introspective, mêlant paysage, onirique ou pas, a des réflexions qui peuvent paraître obscures, mais dégagent un leitmotiv, serait-ce une histoire de temps ? Le temps qui passe et qui rend obsolète toute forme de créations. « Même la musique tourne à vide / Et tous les mots qui font mal, n'agissent plus / On pense à la mort de l'art… Ennui ! » (Landscape et silence). Le temps donc, où l'art, l'histoire se meurt. Dans le premier texte, Venezia central, Ossang fait le constat d'une nostalgie mortifère pour cette île qu'est Venise qui va disparaître avec son histoire, l'histoire de l'occident en déliquescence. Mais, au delà du temps, il y a la persistance de l'image. Ossang crée autant si ce n'est plus d'images qui s’imprègne dans nos mémoires qu'avec ces films. Il se tient sur cette espace du temps où l'image tend à disparaitre. Comme l'illustration qui orne la couverture du livre. Une image de Venise, jauni par le temps et qui est grignoté sur un côté, prêt à disparaître.

Au delà du côté Punk et de l'influence beat génération de Fj Ossang, on retrouve dans sa poésie, quand on souhaite donner un sens aux mots, une thématique qui résume la modernité de ces textes. L'effet du temps sur l'image, sur le paysage. Le temps qui rend obsolète, qui efface... et les mots qui retiennent. Au cœur de ce recueil, il y a un texte sur la disparition d'un des membres des Messageros Killers Boys, olivier alias Pronto Rushtonsky qui s'est suicidé en 1991 à l'age de 26 ans. Plus qu'un mémorandum, il s'agit ici d'évoquer le thème de la disparition comme l'a fait également James Sacré dans l'un de ces textes dont je vous ai déjà parlé dans un article.

Fj Ossang impose un style auquel on ne peut être insensible. Soit par le refus et la détestation systématique et un peu idiote de cette langue abscons, soit par l'acceptation de se laisser happer par un imaginaire ou plutôt un regard sur notre temps, sur la poésie et sur l'art en général.

Venezia central de Fj Ossang édité chez Le Castor Astral.

Article également publié sur Addict-culture.com

Published by Adrien - dans critique
6 novembre 2014 4 06 /11 /novembre /2014 15:50

1.

Je vis dans un trop plein dans un trop de vide

Il y rentre quoi ?

Le soi ?

Qui y dilate la peau brillante ?

Le plein de soi, le plein des autres

Un fatras d'éléments

Dont l'aura cache le silence

Obstruant les ponts du possible

 

 

2.

Et le vide résonnant du plein

Engloutit les démarches

Le plein empêche le vide

de se concrétiser

Le vide empêche le plein

de s'y construire

 

 

3.

Sauf quand la peau trop tendue éclate

Et que le trop plein se déverse dans le vide frémissant :

Les coulées rouges du plein sillonnent le vide

Et le plein enlace

enlise

La moindre parcelle du vide

Le plein prend la place

De ne plus en avoir

Le plein s’exclame

Dans le vide

Où le silence n'est plus

 

 

4.

Et ça se déverse mollement

Dans une surface trouée

Dégoulinant en dehors

Éclaboussant des espaces étrangers

Le plein s'échappe et s'offre à l'au delà

Mais le vide vibre toujours

D'une rumeur entêtante

Étouffant les conquêtes

 

 

5.

Cette lutte acharnée ne débouche sur rien

et c'est un va et vient

de vide et de plein

Published by Adrien - dans Travaux divers
3 mai 2014 6 03 /05 /mai /2014 19:01

Une coulée rouge lui barre le visage et envahit peu à peu l’intégralité de sa face. Ouvre-t-il les yeux ? Renifle-t-il les odeurs de la rue pour qu’enfin ses visages se réunissent ? La faille s’ouvre de plus en plus et laisse apparaître l’intérieur de son corps. Nous y voyons une phrase qui se pense, alors qu’autour les discussions battent leur plein. Il s’apprête à prendre la parole, à s’engager sur le terrain de la parole. Son regard est maintenant enlisé dans le rouge, le rouge de son propre corps.

« Agrégat de chairs protéiforme saigneux »

Il pousse sa langue jusqu’aux lèvres fermées en cherchant la sortie. Dehors, l’explosion couvre des éclats sonores qui tendent à devenir plus bruyants. L’ensemble de son être se retrouve coincé entre la langue et la fermeture de sa bouche. Le monde extérieur essaye de devenir plus immatériel. Les gens rejoignent des paroles écornées et des mots ardents à s’échanger entre soi… Lui, prend la forme ultime d’un corps à la peau retournée. Sa bouche reste fermée : le mécanisme de son cerveau ne réussit plus cette action. L’automatisme est définitivement noyé, isolé par la masse informe de ce reste du monde qui se loge, comme une balle, dans les recoins de son crâne.

Published by Adrien - dans Corps
9 février 2014 7 09 /02 /février /2014 17:00

 

Lire les Journaux indiens de Ginsberg c'est lire un livre, pas comme les autres. Sans doute parce que ces journaux n'étaient pas destinés à la publication, ce qui change un certain nombre de points de vue du lecteur.

journaux_indiens.jpg

D'abord d'un point de vue stylistique : Ginsberg utilise un style minimaliste, sur le ton de l'énumération et de la concision, ce qui provoque un sentiment d'insécurité littéraire puisque cette écriture, propre à l'exercice du journal, est réalisée sur le vif et non dans un souci harmonique (mais vive la dysharmonie !). On se sent vite perdu

dans cette profusion de & qui remplace les virgules et les « et », de bouts de phrases parfois interrompues et de réflexions intérieurs propres à un poète.


En effet, en deuxième point, nous avons affaire à un carnet de réflexions sur le travail et la place de la poésie dans la société. Nous entrons ainsi dans l'atelier de création du poète et la place de la poésie dans la société. Ce qui influe directement sur le style de ces journaux puisque l'auteur utilise ceux-ci comme un carnet de croquis, un lieu d'expérimentation de la langue et de l'imaginaire. Le lecteur est en prise direct avec le travail du poète sans le filet de sécurité que peut représenter l'officialisation d'une œuvre publique.


Enfin, nous avons affaire à une expérience humaine, représentant le cheminement même d'une génération nouvelle dans les années 60 : celle du « voyage en Inde ». Ginsberg en précurseur de cette génération décrit à la fois le décalage entre les deux cultures, américaine et indienne, ainsi que la fascination qu'exercent l'Inde et ses rituels sur Ginsberg et Orlovsky (son ami qui fait le voyage avec lui). On peut d'ailleurs leur fascination morbide face aux crémations des corps sur les ghats (Quai du Gange). C'est à un voyage en complet décalage autant sur la forme que sur le fond que nous convie Ginsberg. Cette mise en abîme du voyage et de la lecture pertube le lecteur mais lui permet d'être au plus près de l'expérimentation d'un poète   voyageur

 

Journaux indiens d'Allen Ginsberg (Christian Bourgois éditeur, traduit par Philippe Mikriammos)

tajmahal

Allen Ginsberg au Taj-Mahal

Published by Adrien - dans critique
23 novembre 2013 6 23 /11 /novembre /2013 03:32

 

Dunaharazsti-Andre-Kertesz.jpg

                                                                           Dunaharaszti de André Kertész (1919)




J'attendais les nuages

Qu'ils arrivent ces paquebots

Flottant pour signaler

Le chaos et le calme

J'attendrais les nuages

Pour mieux voir à travers

Dispersant l'avenir

En grand éclat de rire

 

Je vois les nuages

Sans futur ni passé

Ne dévoilant seulement

Qu'un territoire en plus

Published by Adrien - dans Travaux divers
4 octobre 2013 5 04 /10 /octobre /2013 19:33

ne plus y croire,

voir ailleurs.

encore y boire

dans la loire.

ne plus croire,

voir  l’ailleurs

 

jouer des sentiments

ce dessin: complexe,

laissé à l’abandon,

non oublié. Image,

passer à son côté

et mieux manipuler.

 

voir la loire

pour y rester,

y couler  l’encre.

après l’aphasie;

prêt à dégueuler.

 

jouer au chaos,

les os enfouis.

retrouver l’éclat

pour plus tard.

ne plus croire,

voir l’ailleurs.

Published by Adrien - dans Travaux divers
17 septembre 2013 2 17 /09 /septembre /2013 23:36

Le dévouement ne sert à rien

Il pille nos fondations

Scie les poteaux de confiance

 

« Ne vous inquiétez pas, un petit malaise.

Pourquoi voulez-vous qu’une histoire

morbide se passe dans notre entreprise ?» 

                                                                                   Le patron

 

La confiance est  bafouée et l’équilibre physique

Tombe dans le gouffre du psychique

L’un et l’autre s’absorbant

 

« Ce salarié, qui travaille depuis 7 ans

dans l’entreprise,  aurait tiré à quatre reprises

avant de s’enfuir et de se débarrasser de l’arme »

                                                                                                      La presse

 

Pourquoi attendre

Attendre que les mondes s’inversent

Pourquoi croire

Croire  à la cime qui redresse le bas

 

«  Rentrer chez moi et attendre la police ? »

                                                                                     L’employé

 

    

Published by Adrien - dans Poésie-polar