Là où les mots agonisent, la chair s’inonde de coloris sauvages. Le siphon rouge de la bouche dégorge chaque jour des litres d'encre pourpre.La peau s’arrache et se déchire au passage d'un vocabulaire vagabond. Des délires charnels refont l'historique du verbe délivrant de puissantes rafales et des rythmes saccadés. La rénitence de la peau cassa brutalement sous le poids du crayon. Enfin l'encre et le sang se rejoignent.

 

 

L'homme se réveille, tenant le crayon dans la main droite. Il semble apaisé. Du sang noir coule le long de son bras gauche. Sa bouche est barbouillée de pourpre. Soudain des crampes lui arrachent des cris de douleurs. Hoquetant, il semble psalmodier des mots étranges.


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La bouche restante

                                        Autour du monde

Flot sonore

Claquement

Déglutition

 

La bouche restante

                               Espace d’ici

                             Du centre

                                                        Des sujets en construction

 

                                                          Alors,

La parole se fait pressante

S’élance ou reste inaboutie

 

Elle fuse en divers degrés de vitesse

 

Y a-t-il une parole plus longue encore ?


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Elle nous le dit: " Engageons-nous: lisons des poémes ! "

C'est magali Brazil de la maison de la poésie de Nantes

S'engager dans la parole, dans le partage.

C'est du DIRE et de L'ECRIRE que la maison la poésie de Nantes partage avec ce festival

Ce festival est le MIDIMINUITPoésie # 11

De midi à minuit le samedi 15 octobre

et aussi le dimanche 16 octobre à 11h30 pour un brunch au café le Flesselles.

http://maisondelapoesie-nantes.com

 

 

 

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Une ligne rouge lui coule le long du visage. Une coulée rouge lui barre le visage et envahit peu à peu l'intégralité de sa face. Ouvre-t-il les yeux ? Renifle-t-il les odeurs de la rue pour qu'enfin ces visages se réunissent ? La faille s'ouvre de plus en plus et laisse apparaître l'intérieur de son corps. Nous le voyons penser à une phrase alors que les discussions battent leur plein. Il s'apprête à prendre la parole, à s'engager sur les terrains de la parole. Son regard est maintenant enlisé dans le rouge, le rouge de son propre corps

Agrégat de chair protéiforme saigneux

Il pousse sa langue jusqu'au fond de sa bouche et cherche la sortie. L'explosion couve des éclats qui tendent à devenir plus bruyants. L'ensemble de son être se retrouve coincé entre la langue et la fente fermée de sa bouche. Le monde extérieur tend à devenir plus immatériel, les gens rejoignent des paroles écornées. Ils s'attardent à créer des mots escarpés, des mots ardents à s'échanger entre soi. Lui, prend la forme ultime d'un corps à la peau retournée. La fente de sa bouche reste fermée, le mécanisme de son cerveau a perdu cette action, l'automatisme est définitivement noyé, isolé par la masse informe de ce reste du monde qui s'agglomère au creux de son crâne.


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Ecrire quelque chose/écrire quelque chose d’utile/écrire l’utile/écrire des choses utiles/écrire de l’utilisable/écrire utilement/écrire c’est utile/écrire est-ce utilisable/écrire c’est le truc utile/écrire c’est utilisable pour plein de truc/écrire plein de truc utile/écrire c’est un outil utilement utilisé/écrire inutilement l’utile/écrire c’est inutile/écrire inutile c’est utile/écrire l’utilité de l’inutilité/écrire pour l’utile/écrire pour l’inutile/écrire c’est pas inutile et pas vraiment utile/écrire utile tout le temps c’est inutile/écrire utile et rayer l’inutile/écrire inutilement c’est entouré puis rayé utilement/écrire inutilement pendant des heures/écrire «pendant des heures » c’est utile/écrire ça, là, maintenant et utilement/écrire en liant l’utile à l’agréable/écrire de l’utile dans de l’inutile/écrire inutilement sur l’utilisé/écrire c’est utilisable autant sur de l’inutile que sur de l’utile/écrire c’est utile.............................................sauf quand ça ne l’est plus.


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Jusqu'au bout, le nerf absent, les regards laissés à terre. La fleur cueillie au bord de la falaise. L'appendice était prévue: exception exempté de coup de poing. Nos terres en équilibre se réduisent en miettes.

 

L'histoire est là: celle d'un homme qui tombe, s'écrase au bas des falaises, au goût vociférant, d'un étalage de soi sur l'ensemble des cailloux du monde. Il se décide à peindre en noir ses os, un par un, oubliant la blancheur inaltérable du périoste. L'équilibre incalculable se perd. Le gris s'installe à l'évidence. le rythme arrache au mort des morceaux de cuir.

 

Oubliant la ligne et son mécanisme, les cavalcades en surface, le cadavre continue à se penser. Il y a cette rocaille de minutes, ces grappes de rythme où le soleil a étalé ses lumières couchantes. L'homme fracasse son crâne contre le présent. Dans l'eau, chairs en lambeaux et os broyés flottent. Puis, les yeux frôlent le futur, s'exportent en dehors. S'agitent des mouvements fragiles et maigres. Le froid l'emporte. Au delà des cailloux, le vent transit alors les surfaces bleues (et emporte avec lui, la fleur ci-devant cueillie).


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Le père de James Sacré décède le 1er avril 2001, resté discret jusqu'au bout. La mécanique de la disparition s'enclenche, les silences se placent « entre l'enfance jusqu'à demain ».



Ce livre, publié en 2009 aux éditions La dragonne, est un outil de deuil et de travail sur la langue que nous donne à voir le poète James Sacré. Le texte est accompagné par des lithographies du peintre et éditeur Djamel Meskache. Au delà de l'intime, il y a de la langue qui, chez james Sacré, sans cesse s'interroge et se met en mouvement.







Deuil



Ce livre fait bien plus qu'évoquer ce long travail d'apprentissage face à la mort d'un parent. De 2001 à 2007, Sacré y interroge les langues, les souvenirs, le temps voire le poème lui-même. Au fil de ce travail, dont nous ressentons l'effort chaque page tournée, le poète fabrique des fragments de portrait du père, par interrogations successives. Pour la réalisation du portrait, il y a aussi les autres pères, les autres disparitions, les autres banquets de familles... Parce que le souvenir est à l'épreuve du temps. Le temps travaille la mémoire, Il sculpte les mots où le père va continuer à vivre.





Paysages et mots

 

 

Parfois, on pense au défunt sans même s'en apercevoir, sans savoir pour quelle raison. Le paysage peut nous y faire repenser. Cette palette de paysage que James Sacré possède et mélange en lui-même. Le poète évoque à la fois Cougou (son village d'enfance en Vendée), le Maroc ou encore les états unis (auxquelles il consacre un recueil tentaculaire de 340 pages en 2010). Ces gestes de mot soulèvent des éclats mélancoliques parfois très sombres, d'autres fois plus tendres. L'auteur tient en équilibre entre « le vide et le rouge des mots », concept pensant le mot comme chargé par l'ensemble de la vie. « Le mot rouge (fureur et la rouille à des endroits du monde) convient parfaitement pour tout dire » (in Si peu de terre, tout  aux éditions du dé bleu) A travers les phrases heurtées et hachées du poème, tout peut y être exprimé car les mots ne se perdent pas dans la phrase. Le mot est comme gorgé de ce que veut dire l'auteur.





Intime



Sacré parle, nous parle de son père et lui parle. Il le cherche et nous le montre dans le même temps. Il essaie de comprendre ce qui est encore vivant dans son évocation, dans ces mots qui l'évoque. « quoi donc est pourtant vivant dans ces mots que voilà écrit ». Le poème retrouve ou plus justement reprend la vie disparue. « La pensée semble penser dans son cœur qu'elle retrouve quelqu'un ». A travers un événement intime et douloureux, Sacré réussit à nous illustrer la puissance du mot et de son expression, entre travail intime et artistique.



James Sacré : Portrait du père en travers du temps, Lithographies de Djamel Meskache, éditions La Dragonne.



article également publié sur http://duclock.blogspot.com/


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Indécision carnée:

 

La chair fait des vagues

 

en rythme vagabond

 

La chair se sillonne

 

en chemin de visite

 

Elle se gonfle, se dégonfle

 

s'irrigue, s'assèche

 

Un soufflé de soie brille

 

fardant le creux de la courbe

 

d'un épais voile sombre

 

Sur les mers charnelles

 

des brisants s'éparpillent

 

des brisants où s'arque-boutent

 

Des entrelacs de branches sèches

 

(aiguilles faisant perler le sang)

 

Les chutes de caillots entourent le cratère

 

En sort une émulsion rouge

 

qui lors de son passage

 

lourd et imposant

 

brûle la surface de la chair

 

 

 

La chair se plisse,

 

se frotte, s'effrite

 

devient impraticable

 

tombe dans l'oubli  

 


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Subitement, la main se déroule, sortant de l'ombre de la manche. Elle éructe en dehors du vêtement en coton noir, se libère de l'enclos aveugle, aplanissant ainsi les bourrelets de peau rose. La surface de la peau est humide, les pores se dilate comme si la peau de la main s'ouvraient sur elle-même. La brillance de la sueur n'empêche pas l'épiderme de blanchir par endroit: périmètre d'amnésie sanguine. Les doigts s'agitent comme des filandres nerveuses flottant au gré d'aucun vent.

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Le nerf frétille, se réveille d'au delà de sa planque. Il s'affame de son propre mouvement. Comme un hurlement resté au creux de la gueule, l'extraction de son propre désir suinte, transparait goutte à goutte. Le tremblement se fait de plus en plus fort. Le nerf oscille entre le rigide et la mollesse.

 


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Il gratte encore

comme des éraflures sur la croute solaire

Il gratte encore

dans les interstices saignants

 

 

Matière qui

s'octroie dans cette glaise

une plus belle morale encore

creuse la surface

y retire des loques de peau

 

 

Sur les milles places, éventrés par les vents

le corps y reste et la peau s'y balance

 

(Sur ces milles places,

du sacrée puis plus rien)

 

 

Il gratte encore

L'intérieur rouge d'une caverne

Il gratte encore

avec les déchirures osseuses

 

Le reste explose

s'emploie en délires chorégraphiés

 

 

il gratte

 

 

En aval du départ

Il avale le reste

 


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